La feuille de route du groupe laitier coopératif Glac

Par • 29 avr, 2011 • Catégorie: Lait

Cette année, le renouvellement du conseil d’administration(1) du Glac, n’a pas été qu’une simple formalité. Déjà, les réunions de sections de Lescure-Bougon avaient été quelque peu agitées ; un certain nombre de producteurs, membres de l’Apli, n’hésitant pas à vertement critiquer l’équipe dirigeante dans un contexte particulièrement tendu en lait de vache auquel s’ajoute  une situation délicate au niveau de la production caprine. Finalement, ce sont cinq éleveurs « dissidents » qui se sont porté candidats, face à des personnalités de la coopérative telles qu’Alain Lebret et Patrick Charpentier. Et l’équipe en place a été largement confortée avec plus du double de suffrages recueillis. Le président du Glac (et de la chambre d’agriculture de Charente) a même été le mieux réélu, ce qui va lui permettre de poursuivre son entreprise de restructuration du premier groupe coopératif laitier régional. Et il y a du travail, si l’on en juge par l’exposé très complet présenté aux éleveurs par Laurent Gallois-Montbrun, le nouveau directeur du Glac, nommé en avril 2010 par Alain Lebret lors de son arrivée à la présidence du groupe coopératif (N.D.L.R. : il a succédé à Pierre Blanchier). Le nouveau directeur s’attache à « remettre les affaires d’aplomb » et il a donné sa vision du Glac à 4 à 5 ans. Les objectifs : valoriser le lait des éleveurs, assurer la pérennité des débouchés, l’indépendance d’un groupe construit sur des valeurs régionales. « Nos forces, c’est d’être légitime sur nos marchés et notre territoire, nos fromages de chèvre sont incontournables et nous sommes le N° 3 en lait UHT. Mais nous sommes devenus une cible et un groupe laitier allemand s’est fixé pour objectif d’être également N° 3. Pour nous développer et investir en équipements et en Recherche et Développement, nous ne sommes pas assez rentables actuellement et nous devons sortir du cercle dans lequel nous sommes engagés en modernisant nos outils de production » explique le directeur en rappelant la fermeture de Lezay, la future fermeture de Chadenac (sept/oct) et l’objectif de porter à saturation les usines de St Michel, St Loup et Saint-Saviol. « Notre vision de l’avenir doit porter au-delà de notre région » ajoute Laurent Gallois-Montbrun devant 150 délégués éleveurs forcément très attentifs.

Moderniser les outils

Le groupe laitier pèse maintenant 650 ME de CA(2), l’objectif des dirigeants est de sortir régulièrement un résultat de 10 millions d’euros tout en payant le prix du lait au prix moyen national, mais aussi d’investir 10 ME par an, de pérenniser les marques, d’augmenter le soutien en communication. « Nous n’avons pas besoin d’investir dans de nouveaux outils car nos capacités de production sont largement suffisantes, précise le directeur du Glac, mais nous devons les moderniser. Pour ce qui concerne l’amont, notre ambition c’est de maintenir les litrages collectés et de poursuivre la réorganisation de la collecte en optimisant les tournées. La réorganisation de notre collecte du lait de montagne (Auvergne) nous permet de consolider ce secteur ». Beurre pour l’industrie, poudre de lait et caséine, beurre en GMS, fromage en GMS, fromage et beurre pour l’exportation, fromage et crème pour la RHD et la petite industrie, distribution régionale… le directeur du Glac a détaillé et commenté la feuille de route pour 2015. En lait et crème UHT (le gros des volumes), les ambitions sont européennes et importantes (500 M de litres de lait et 30 M de litres de crème) et le Glac regarde notamment vers l’Espagne où un groupe comme Lactalis prend actuellement de solides positions. Le Glac entend bien devenir un référent technique en crème UHT et veut consolider sa place en lait de montagne. Au rayon des annonces, signalons d’ailleurs des discussions avancées avec Leclerc en lait de montagne, le lancement de deux nouvelles marques régionales, un nouveau conditionnement pour le lait P’tit Vendéen et un nouveau packaging également pour le beurre AOC.

Gagner en sérénité

Aux éleveurs qui s’impatientent de ne pas constater de changements plus rapides (et un lait payé plus cher !), Alain Lebret a répondu qu’après trois années de lourdes pertes, 2010 et 2011 sont des années de réorganisation de l’entreprise en profondeur. « On est dans l’action mais c’est un paquebot qu’il faut manœuvrer (1 300 salariés) et ça prend du temps. Ce sont des évolutions indispensables qu’il aurait fallu faire plus tôt ; il nous faut retrouver de la compétitivité et il y a un gros effort de remise en question à tous les niveaux. En 2012, on commencera à recueillir les fruits de nos efforts ». Parmi les nouveautés annoncées par le président Lebret, signalons le projet de fondre toutes les activités des quatre coopératives de collecte (Capribeur, Charentes-Lait, USVAL et Lescure-Bougon) dans le Glac, de manière à simplifier la gestion de l’outil. Le renforcement du pouvoir du conseil d’administration semble déjà une réalité avec des administrateurs très présents aux côtés de la direction du groupe. « Les choses ont déjà beaucoup changé, a confirmé Patrick Charpentier (président de l’Anicap), on est capable de trancher et de décider ». Conscients du chemin qui reste à parcourir, les administrateurs ont toutefois promis de renforcer l’information auprès des producteurs.
Gérard Seguin
(1) Administrateurs réélus : Michel Bessonnet, Patrick Charpentier, Michel D’Halluin, Alain Lebret, Vincent Marcenac, Jean Spanjers, Edwige Texier. (de 77 à 103 voix sur 121 votants)
(candidats non élus : Christophe Delage, David Jousse, Francis Renaud, Albert Selin, Guillaume Viollet)
(2) Le Glac collecte (en 2010) 849 Ml de lait (712 en vache et 132 en chèvre) + 150 Ml dans le Massif central, et emploie 1337 personnes.

Charentes-Lait et Lescure-Bougon : les chiffres 2010

Pour l’exercice 2010, la collecte de lait (chèvre et vache) est de 124,5 Ml (-3,96 %) qui se répartit ainsi : 114,5 Ml de lait de vache (-4,46 %) et 9 955 000 l de lait de chèvre (+ 2,24 %). Investissements : 770 000 euros. Résultat d’exploitation en déficit de 900 000 € sur un CA de 134 ME en augmentation de 1,39 %. Résultat de l’exercice :

- 51 000 euros. Fonds de roulement en augmentation à 17 339 907 euros.

Même tendance du côté de Lescure avec une collecte de lait de vache de 222 518 875 litres

(-1,75 %) et une augmentation importante de la collecte de lait de chèvre de 8,48 % à 75 684 112 litres. Le montant des investissements s’élève à 1 926 387 euros. Le CA s’élève à 194 M€, en hausse de 8 % et le résultat d’exploitation est négatif à – 1 357 664 €. Le fonds de roulement est de 6.529.057 € en nette augmentation de 1 464 655€.

Fusion Glac-Eurial : « On est les méchants qui disent pas oui »

Le sujet, incontournable, a été abordé en fin de réunion par le président de l’USVAL Jean-Louis Guillon, en réponse à un adhérent. « On a fait réaliser une étude qui coûte cher, mais qui peut rapporter gros parce qu’elle nous a révélé ; y compris sur nos propres faiblesses », a expliqué J.L Guillon en soulignant que les administrateurs du Glac passent aujourd’hui pour des méchants empêcheurs de tourner en rond. « Le mariage est sûrement souhaitable, j’en reste convaincu, et tout milite pour que ça aboutisse, mais il ne peut pas se faire à n’importe quel prix et on doit d’abord veiller à assurer le quotidien. Chez Eurial, la situation n’est pas facile non plus. Pour que ça réussisse, il faut qu’il y ait la confiance et elle a été entamée par une série de petites cachotteries. Sans confiance, l’échec sera au bout de la route et c’est vous, les éleveurs, qui paierez les pots cassés et qui nous le reprocherez. Actuellement, les discussions sont stoppées, mais il n’y a rien d’irréversible. La porte n’est pas fermée, il faudra être patient pour y arriver. Il y a des différences de culture d’entreprise et de management qui rendent les choses difficiles et on ne peut pas se marier les yeux fermés »…

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